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Incluant : Joseph Ndiaye (JN)
JN – L’esclavage aura duré 300 ans ici, de 1536 à 1848, date de son abolition par la France. Toutes (les) vieilles maisons que vous avez comme celle-ci en bordure de mer à Gorée est une ancienne esclaverie. C’est justement pour cela que l’île était communément appelée : l’île aux esclaves.
Dans cette maison, il y avait toute une famille, le père, la mère, l’enfant, qui étaient déjà séparés. Et pour partir aux Amériques, ça dépendait des acquéreurs. Le père pouvait aller sur la Louisiane aux USA, la mère au Brésil ou (à) Cuba. La séparation était donc totale.
Dans des cellules, comme celles nous faisant face, qui étaient réservées aux hommes, et qui font chacune 2,60 mètres x 2,60 mètres vous en aviez 15 à 20 (esclaves). Ils étaient assis le dos contre le mur (et) des chaînes les maintenant au cou et aux bras. On les libérait qu’une fois par jour pour leur permettre de satisfaire leurs besoins. Et généralement dans cette maison, ces esclaves vivaient dans un état d’hygiène si repoussant que la première épidémie de peste qui a ravagé l’île en 1779 est partie de ce lieu.
Et là, vous êtes chez les enfants où le taux de mortalité, évidemment, était le plus élevé de la maison. Ils y couchaient à même le sol et l’âge d’un enfant dépendait de sa denture, faute d’état civil.
Là, nous sommes chez les jeunes filles qui étaient séparées des femmes parce que plus chers, parce que la valeur d’une femme dépendait de ses seins et de sa virginité. Alors au niveau de ces esclaveries, certains négriés (marchands d’esclaves) avaient (des) rapports avec des jeunes filles esclaves et quand l’on constatait (que) la jeune fille (était) enceinte, elle était mise en liberté à Gorée ou à Saint-Louis du Sénégal.
Et là, vous êtes chez les inaptes temporaires. Inaptes temporaires, pourquoi cette appellation, parce que la valeur d’un homme dépendait de son poids. Le poids minimum chez les hommes était fixé à 60 kilos, alors moins de 60 kilos ces hommes étaient mis dans ces cellules à l’effet d’être engraissés, comme des oies.
Là, vous êtes chez les récalcitrants, ceux qui se révoltaient. À l’époque, une porte en fer et des barreaux leur permettait de respirer. Leur séjour dans ces petits trous dépendait de la gravité de leur punition.
Le type de chaîne que l’esclave avait aux chevilles au moment où il allait aux toilettes. Au milieu de la chaîne, vous aviez une grosse boule très lourde. La boule, l’esclave était obligé de la porter entre les deux mains et les deux jambes en allant satisfaire ses besoins à l’extérieur.
Et là, nous sommes dans la chambre de pesage. Alors devant nous l’emplacement de la bascule où seuls les hommes étaient pesés. Ces hommes, une fois pesés, sortaient de ce local en colonne par un. Et tout le marché était conclu entre ces deux escaliers que vous avez en fer à cheval dans la cour où se passait la dernière vente en Afrique. Étaient, à ce moment-là, accoudés au balcon à ces escaliers l’acquéreur et le marchant d’esclaves européens. Alors ces esclaves, on les palpait comme du bétail pour permettre à l’acquéreur ou au marchant de discuter sur la valeur musculaire de chacun. Chaque ethnie africaine avait sa côte et sa spécialisation comme une espèce bovine ou chevaline. Ils partaient d’ici sous des numéros de matricule, jamais sous leur nom africain. Et dans les plantations, ils optaient pour le nom de leur propre maître blanc.
L’ethnie la plus côté était Yoruba. Certains types de l’ouest du Nigeria à l’est du Bénin. Pourquoi ça, c’est parce que dans les plantations, ces Yorubas étaient considérés comme élément géniteurs, exclusivement que pour la reproduction. Ils les appelaient d’ailleurs ces Yorubas « esclaves boucs ou étalons ».
Ce couloir, bien, conduisait vers ce que j’appelle aujourd’hui la porte du voyage sans retour… parce qu’à partir de cette porte. pour ces esclaves, c’était adieu l’Afrique. Nous avions, à partir de cette porte, un quai en rônier qui servait d’embarcadère. Et au moment des embarquements, certains esclaves, évidemment, tentaient de s’évader en plongeant. Ces pauvres ne pouvaient aller loin, abattus par les gardiens africains ou dévorés par les requins. Alors, pourquoi les requins? Parce que malades ou agonisants étaient jetés à la mer et cela attirait les requins. C’est justement à partir de cette porte du « voyage sans retour », quand j’ai eu le privilège de recevoir le Pape, ici, en 1992. C’est donc justement à partir de cette porte que le Pape a demandé pardon à l’Afrique… parce que beaucoup de missionnaires catholiques étaient mêlés à l’esclavage. Oui, parce que ce n’était pas tous des saints ces missionnaires-là.
Je me demande comment pouvaient vivre ces marchands européens en haut avec ce qui se passait en bas. Je vous laisserai donc le soin de faire le parallèle.
La traite négrière aura duré 300 ans, 3 siècles. On ne parle jamais de cette traite négrière. Et bien moi j’en parlerai toute ma vie.

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